JESUS

JA�sus fils de Marie (a��Isa B. Maryam)

Ca��est vers la��A?ge de trente ans qua��il commenA�a son apostolat. Son enseignement et la��exemple de sa vie lui avaient attirA� beaucoup de sympathie en GalilA�e. Une foule croissante gravitait autour de lui. La��histoire a retenu le nom de quelques-uns : TolamaA? de Cana, Matthieu, un publicain ; Thomas, Simon, le zA�lote LebbA�e ou ThadA�e, Joseph Barsaba, Mathias, Judas Bensimon, Jacques et Jude, ses cousins.

Ni sa mA?re, ni ses frA?res et sA�urs ne ralliA?rent ses rangs. Dans cette foule, JA�sus avait naturellement ses prA�fA�rences, en particulier pour Jacques et Jean, fils de ZA�bA�dA�e surnommA�s A�A� fils du tonnerre A�A� par JA�sus, pour leur zA?le excessif. Avec ses deux disciples et Simon KaA?fa (le futur Pierre) ils formaient une sorte de comitA� intime parmi ses adeptes, lesquels A�taient da��une naA?vetA� et da��une ignorance extrA?mes.

Au sein de ce comitA� qui na��A�tait pas hiA�rarchisA�, la rA?gle A�tait de sa��appeler A�A� frA?re A�A�. JA�sus leur interdisait da��user du mot rabbi (maA�tre) titre qua��il se rA�servait et du terme A�A� pA?re A�A� par lequel il dA�signait Dieu. Il demeurait pratiquement chez Simon et enseignait volontiers dans la barque de celui-ci le long des rives du lac de TibA�riade.

Simon KaA?fa fut le premier A� reconnaA�tre en JA�sus le messie annoncA�, mais pas Dieu Lui-mA?me. A ce titre, JA�sus lui reconnut une certaine primautA� au sein de sa petite communautA� de fidA?les.

La plupart de ses disciples A�taient des pA?cheurs, mais aucun na��appartenait A� la haute sociA�tA�. Ca��A�taient tous de pauvres gens, dA�guenillA�s, mal nourris et dA�pouillA�s de tout. Leur misA?re A�tait telle qua��il imposa A� ses disciples de vendre leurs biens et da��en distribuer le prix entre eux et autour da��eux. Ca��est ce qui a amenA� certains auteurs A� y voir une sorte de communautA� communiste, calquA�e sur la��esprit de la��organisation des EssA�niens, au sein de laquelle la��A�goA?sme et la��avarice A�taient dA�noncA�s comme des pA�chA�s particuliA?rement graves. Suivant la recommandation des Proverbes, JA�sus disait : A�A� Donner aux pauvres, ca��est prA?ter A� Dieu A�A�. Le royaume que JA�sus laissait espA�rer A� ses adeptes A�tait celui des humbles, des innocents, des enfants et des victimes des injustices sociales, des hA�rA�tiques, puis des paA?ens, des samaritains.

A� Les A�bion (pauvres) seuls seront sauvA�s A�A� disait-il. Le luxe pour lui A�tait un crime et le misA�reux, un ami de Dieu, un saint.

La pauvretA� A�tait A� ses yeux, sans doute par rA�fA�rence A� la��Ancien Testament, synonyme de douceur, de piA�tA�, tandis que la richesse A�tait synonyme da��impiA�tA�, de mA�chancetA�, de violence, da��injustice.

Gai par tempA�rament, il aimait les plaisanteries agrA�ables et les propos familiers, mais dA�testait la pA�danterie, le formalisme, la��hypocrisie et la��orgueil des classes possA�dantes.

Il parcourut ainsi la GalilA�e , souvent A� dos de mule, rA�pandant partout la joie. En chaque bourgade son passage donnait lieu A� des manifestations joyeuses auxquelles participaient en majoritA� les pauvres, les femmes et les enfants, comme il vient da��A?tre dit.

Tous croyaient A� la��arrivA�e du nouveau royaume et chacun se voyait assis sur un trA?ne A� cA?tA� du maA�tre. Les ChrA�tiens rejetteront plus tard cette conception et reprocheront A� 1a��IslA?m, avec une assurance gratuite da��assimiler le paradis A� un jardina��

Combien durA?rent cette joie enivrante et la��espA�rance de la��accomplissement de la promesse incluse dans la A�A� bonne nouvelle A�A� ? Trois ans, au milieu da��une allA�gresse grandissante et da��une attente merveilleuse.

Son enseignement apparaA�t A� ses dA�buts, comme une rA�forme sociale et un appel A� la justice. Il ne devait pas tarder A� devenir une rA�forme religieuse. JA�rusalem lui parut la citadelle da��un JudaA?sme vidA� de sa substance spirituelle, orgueilleuse et dominatrice. Il dA�cida donc de la��attaquer. Il sa��y rendit avec ses disciples galilA�ens (fort mA�prisA�s en JudA�e) et fit du temple une sorte de quartier gA�nA�ral. Il commenA�a par reprocher aux scribes (sopher) da��en avoir fait une A�A� caverne de voleurs A�A�. Aussi, lui arrivait-il de passer A� la violence, lui le moins violent des hommes, fouettant les marchands malhonnA?tes, renversant les tables et rappelant avec vA�hA�mence aux rabbins le respect de leur charge. Lors de son dernier sA�jour A� JA�rusalem- le plus long- JA�sus fut encore plus ulcA�rA� par ce qua��il voyait autour de lui. Il se dA�cida alors A� prA?cher.

Peut-A?tre convient-il ici, de rappeler la��organisation du clergA� juif da��alors ; les docteurs de la loi avaient la prA�sA�ance sur le grand prA?tre ou souverain pontife qui na��existait qua��A� JA�rusalem. Mais discrA�ditA�e depuis le roi HA�rode, cette haute fonction A�tait devenue une simple charge administrative romaine. Les souverains pontifes, en gA�nA�ral, A�taient sadduki, ca��est-A�-dire appartenaient A� cette aristocratie religieuse qui sa��A�tait formA�e autour de la��autel. La plus haute autoritA� A� la��A�poque A�tait Gamaliel, petit-fils du cA�lA?bre rabbin Hillel.

RA�formiste au dA�but de sa prA�dication, JA�sus finit par devenir un rA�volutionnaire religieux, un A�A� sA�ducteur A�A� qui voulait, aux dires du rabbinat, la destruction de la religion de MoA?se. En fait le rabbinat voyait juste ; JA�sus voulait substituer A� la religion raciale juive, une religion universelle. Il disait : A�A� On ne met plus le vin nouveau dans les vieilles cruches A�A�.

La rA�fA�rence du sang lui paraissait un critA?re ethnique qua��il fallait abolir. Il ne se considA�rait plus comme un juif, mais comme un homme tenu de dA�fendre le droit de tout un chacun, de proclamer le mA?me culte pour tous, la religion de la��homme, non la religion du Juif, la religion du CA�ur non la religion du formalisme coutumier.

MoA?se A�tait, selon lui, dA�passA� et son temple A�tait condamnA�. La vA�ritable loi de Dieu, enseignait-il, A�tait la��amour de Dieu, la bontA� envers le prochain, le pardon. On chercherait en vain dans les Evangiles une pratique spA�cialement recommandA�e, une liturgie dA�terminA�e

Le Pater et la��Ave Maria semblent de composition trA?s postA�rieure. Le baptA?me lui paraissait un rite nA�gligeable. Les messes spectaculaires, les processions, les cA�rA�monies grandioses semblent A� la lecture des Evangiles, complA?tement A�trangA?res A� la doctrine de JA�sus qui na��impose mA?me pas de rA?gle rigide A� la priA?re et prA�conisait seulement qua��elle se fit avant tout dans le cA�ur. Il voyait dans le sabbat une coutume tribale pA�rimA�e et il le violait ostensiblement, ne tenant compte aucunement des blA?mes qua��on lui adressait A� ce sujet.

Il reprochait aux Pharisiens da��enchA�rir sur la loi, pour crA�er aux hommes, des occasions de pA�cher et de profiter ainsi matA�riellement de leur dA�sir de se racheter. Sa sympathie sa��A�tendait aux Gentils. Mais il lui arrivait de parler da��eux avec les prA�jugA�s des Juifs. Avant de commencer sa mission, il A�tait ailA� jeA�ner pendant quarante jours dans le dA�sert oA? il eut maintes fois la��occasion de repousser les tentations de Satan. Puis, il continua A� parcourir la JudA�e et la GalilA�e annonA�ant partout la A�A� Bonne nouvelle A�A�, confirmant sa mission par des miracles, rendant la vue aux aveugles, guA�rissant les malades, ressuscitant les morts, chassant les dA�mons du corps des possA�dA�s, apaisant les flots, multipliant les pains et par la transformation de la��eau en vin A� Kana ou Cana. Ca��est du moins ce que nous rapportent les Evangiles et certaines allusions coraniques.

Parmi la foule considA�rable qui le suivait, il choisit douze disciples qua��il chargea de la mission A�A� da��apA?tre des nations A�A� (h awA?riyyA�n). Ses rapports avec les Juifs empiraient de plus en plus. On pourrait, de nos jours, expliquer tous ces conflits par des mobiles A�conomiques, des antagonismes sociaux et la jalousie de la caste sacerdotale. Il paraA�t absurde en la��occurrence, de voir dans leur hostilitA� A� son A�gard, une rA�action bourgeoise contre les revendications da��une populace agitA�e.

AttachA�s A� leur dogme et formalistes dans la��exercice de leur culte, la plupart des Juifs qui se dressA?rent contre lui, et qui appartenaient A� tous les milieux, voyaient en lui, uniquement, un perturbateur mA�prisable (essith), un transgresseur de la loi divine qui dA�voyait et divisait en outre les enfants da��IsraA�l. Ca��est surtout au cours du dernier sA�jour qua��il fit A� JA�rusalem qua��il les indigna le plus, au point de les exaspA�rer. Aussi, finirent-ils pas exiger sa mise hors da��A�tat de nuire, par la mort, dans les plus brefs dA�lais pour prA�venir une aggravation irrA�mA�diable du danger qui menaA�ait la religion des ancA?tres maintenue et transmise par de fidA?les et doctes rabbins. (Et lA� son cas est absolument analogue A� celui de Muhammad dans ses dA�mA?lA�s avec les Qurayshites).

Beaucoup da��inexactitudes historiques se sont greffA�es sur cette exigence de A�A� mise hors da��A�tat de nuire A�A�, profA�rA�e par les conservateurs.

Le rabbinat, gardien de la loi mosaA?que, agissant dans le cadre de ses prA�rogatives et en vertu du statut octroyA� par Rome au JudaA?sme, dA�cida de le juger. Il le fit condamner A� la peine capitale, par un tribunal rA�guliA?rement constituA� et mit le procurateur Ponce Pilate en demeure da��exA�cuter da��urgence sa sentence. La procA�dure suivie est mentionnA�e dans le Talmud de JA�rusalem et dans celui de Babylone.

On se reportera A� ces sources qui ne concordent pas toujours avec les sources islamiques qua��il est temps da��exposer, pour dA�gager la personnalitA� de ce ProphA?te de Dieu, des lA�gendes, des fables et des faux tA�moignages qua��on a forgA�s autour de son nom, de sa mission, de sa doctrine et de sa spiritualitA�.

Selon la thA?se musulmane, JA�sus ne fut pas suppliciA� lui-mA?me. Il sa��agit da��une crucifixion apparente, car Dieu la��avait rappelA� A� Lui. Mais examinons da��abord, et en dA�tail le point de vue des auteurs musulmans. JA�sus est dA�signA� sous le nom de a��IsA?.

Selon le commentateur al-BaydA?wi, ce nom serait une arabisation du mot syriaque YashA�a��. Le mot est effectivement da��origine syriaque, mais il existe en arabe comme nom commun et signifie blancheur rosA�e. Habituellement, JA�sus, dans le Coran est dA�signA� sous le nom de A�A� JA�sus fils de Marie A�A�. La��expression A�A� le fils de Marie A�A� se retrouve dans Marc, Matthieu.

Ca��est seulement dans Luc et Jean qua��on trouve la��expression A�A� fils de JosephA�A�, ce qui est pour la��Islam un blasphA?me.

Dans le Talmud, la formule est identique : Ben YA�sef.

Contrairement au Coran, le quatriA?me Evangile na��appelle jamais la mA?re de JA�sus par son nom. La��expression A�A� fils de la femme A�A� ne se retrouve qua��une fois dans le livre da��HA�noch. On sait que JA�sus marquait sa prA�fA�rence pour la��appellation A�A� fils de la��homme A�A� qui revient prA?s de quatre vingt-trois fois dans les quatre Evangiles et toujours dans le discours de JA�sus, dans le sens A�A� je A�A� pronom dont il A�vitait de se servir.

La rA�action des Mekkois fut extrA?mement violente quand Muhammad questionnA�, dA�clara JA�sus supA�rieur aux idoles qurayshites. Leur indignation montre A� quel point ce milieu A�tait hostile au Christianisme. Selon une autre opinion, les Qurayshites A�taient da��autant plus outrA�s qua��ils soupA�onnaient Muhammad de chercher A� les amener peu A� peu A� renoncer A� leurs idoles pour la��adorer lui-mA?me A� leur place, comme les ChrA�tiens adoraient JA�sus.

La��histoire de JA�sus et ses premiers aphorismes demeure pour les Musulmans, malgrA� tout ce qua��on a pu A�crire lA�-dessus, fragmentaire et da��une authenticitA� relative. Sa biographie et la sagesse qua��il enseigna au dA�but de son apostolat sont rapportA�es sous forme de rA�cits A�pars et sans chronologie. Mais, selon le Coran, la premiA?re grande idA�e qua��il enseigna, non seulement au milieu juif, mais au monde entier, ca��est celle de la��amour de Dieu, idA�e dont son A?me vibrait et qui, A� bien des A�gards, apparaA�t comme la��axe de son A?tre tout entier : un Dieu unique, en dehors duquel il na��y a aucune divinitA�, le Dieu de MoA?se, da��Abraham, da��Jsaac, de Jacob (et plus tard de Muhammad).

Or, cette affirmation est celle de toute une lignA�e de ProphA?tes, non da��un visionnaire ou da��un philosophe. Ce na��est ni le dieu de A�akyamuni, ni celui de Platon. JA�sus parle de Dieu non comme da��une rA�alitA� en dehors de lui, mais en lui. Il tire de son cA�ur, de son amour tout ce qua��il dit de Lui. Mais A� aucun moment, selon les textes islamiques, il na��affirme qua��il A�tait lui-mA?me Dieu ou fils de Dieu. Ce qua��il enseigne ca��est prA�cisA�ment cette sagesse qua��il puise dans son existence en Dieu, non en panthA�iste, mais en tant que ProphA?te da��une nature particuliA?re en communication mystA�rieuse avec Dieu.

Et cela est si vrai que la��enseignement qua��il voulait inculquer A� ses disciples ne procA?de nullement du raisonnement mais da��une voix intA�rieure, da��un amour qui est en lui-mA?me, la lumiA?re ineffable de Dieu reflA�tA�e par un cA�ur passionnA�. Il ne raisonne pas, ne cherche pas apparemment A� convaincre, mais A� se prA�cher lui-mA?me, A� irradier la��A�lan de son moi conscient vers Dieu, la grA?ce luminescente dont il A�tait nimbA�. Da��oA? la formule A�A� mon pA?re A�A�, appellation familiA?re et courante chez les Juifs, exprimant la vA�nA�ration, la tendresse, la reconnaissance et la��imploration de la grA?ce divine. Les ChrA�tiens na��ont pas toujours saisi la vA�ritable signification de cette expression A� notre point de vue musulman a�� A� la suite des spA�culations de ces raisonneurs impA�nitents qua��A�taient les docteurs grecs, premiers interprA?tes de la vie et de la pensA�e de JA�sus et des dissertations filandreuses de la scolastique mA�diA�vale, surchargA�e de mythes, de superstitions, de subtilitA�s, de mystA?res inutiles et de contradictions.

Tout en A�tant conscients que JA�sus avait pour mission de prA?cher les hommes et donc de son rA?le de Messager de Dieu, ils ont osA� le mA�tamorphoser et persistent A� le diviniser. Divinisation singuliA?re en vA�ritA�, car il est qualifiA� de A�A� verbe de DieuA�A�, A�A� esprit de DieuA�A�, A�A� fils de DieuA�A�, A�A� Dieu Lui-mA?me A�A� sans qua��il soit prA�cisA� sa��il sa��agit da��une ipsA�itA� originelle ou da��une gradation A�laborA�e. A cette dA�mesure attributive, le Coran oppose A�A� Gloire A� Dieu ! Il est au-dessus de leurs descriptions ! A�A�.

Les Juifs ont, certes, commis une grave erreur A� la��A�gard de JA�sus. Ils ont obtenu sa condamnation A� mort. JA�sus les a nA�anmoins excusA�s et a priA� pour eux : A�A� Pardonnez-leur, Seigneur ! Ils ne savent pasA�A�. Mais, qua��A� cela ne tienne ! La��Eglise les a dA�clarA�s A�A� dA�icides A�A� ( ! ?!) et la��histoire a retenu ce qua��une telle sentence a coA�tA� comme souffrance, injustice et humiliation, au peuple mA?me dont JA�sus A�tait issu.

Dieu selon JA�sus na��est pas celui da��un peuple, mais celui de la��humanitA� entiA?re. Il na��est pas celui des MaccabA�es, mais celui de tous les hommes, celui da��Abraham, qui avait fui Ur, sa ville natale et le royaume de Babylone, A� la recherche da��un autre royaume oA? la justice rA?gne, oA? Dieu est vA�ritablement adorA� et Son Nom universellement bA�ni. Ce royaume, JA�sus le formule plus nettement, le spiritualise et en fait une suprA?me consolation : A�A� le Royaume de Dieu A�A�, expression qui revient A� chaque page des synoptiques, des Actes des ApA?tres et dont on trouve dA�jA� les prA�mices dans le livre de Daniel et plus tard dans le Coran.

La doctrine qua��il prA?che ne se confond pas avec le JudaA?sme traditionnel, mais sa��offre A� tous les hommes de bonne volontA�, sans distinction, JA�sus les convie A� se retrouver dans ce A�A� Royaume de GrA?ce A�A�, A� en faire un suprA?me refuge, une ultime espA�rance, un asile da��A�ternelle durA�e pour les saints. Cette notion de Royaume de Dieu na��est pas absente dans le Coran. Plus da��un passage la��atteste : A�A� BA�ni soit Celui A� qui appartient le royaume des cieux, de la terre et de ce qui est entre eux, qui dA�tient la science de la��heure et vers qui vous serez ramenA�s A�A�. Et ce royaume est A� la base mA?me de cette haute sagesse de la��Oint (MasA�h). Sagesse A� laquelle le Coran fait maintes fois allusion, puisqua��il le reprend et la��assortit da��une condition fondamentale :

le don de soi A� Dieu (IslA?m), la��abandon confiant en Sa souveraine volontA� (tawakkul), le mA�pris du monde (rnatA? a��u-d-dunyA? qalA�l. En cela elle ne diffA?re pas de la sagesse juive telle qua��elle apparaA�t dans la Thora , la riche littA�rature proverbiale et les sentences des docteurs de la loi mosaA?que.

Selon les Logia de saint Matthieu, les aphorismes de JA�sus ne diffA?rent pas fondamentalement et A� premiA?re vue, de cet enseignement de la synagogue relatif A� la pratique de la vertu sous ses diverses formes et au respect des rites. Cependant, la sagesse de JA�sus prA�sente une exigence nouvelle : le surpassement qui conduit A� la perfection. Le culte qua��il prA?che est pur, sans prA?tres et sans pratiques extA�rieures ostentatoires, ni manifestations spectaculaires. Il est fondA� sur la rA�alisation en soi des attributs divins. Cette spiritualitA� sa��exprime A� la��A�gard du monde sous forme da��un dA�dain plein da��ironie : A�A� A CA�sar ce qui est A� CA�sar et A� Dieu ce qui est A� Dieu ! A�A�. La mA?me doctrine est rappelA�e presqua��intA�gralement par le Coran avec plus da��insistance et autant de clartA�.

Elle est fondA�e sur un amour brA�lant qui exige des sacrifices A� tout instant et ne recule devant aucun obstacle. La��obA�issance fut plutA?t sollicitA�e qua��exigA�e par JA�sus, qui A�tait da��une douceur exemplaire. Rien na��est plus A�difiant A� cet A�gard que sa rencontre avec un homme assis au lieu des pA�ages et qui sa��appelait Mathieu. Il lui dit : A�A� suis-moi A�A�, A�A�cet homme se leva et le suivitA�A�. Cet impA�ratif est trop brutal dans les langues europA�ennes. TransposA� en aramA�en, il implique une amitiA� spontanA�e offerte, mA�ritant une totale confiance.

Ceux qui sa��opposA?rent, dA?s le dA�but, A� sa prA�dication furent ses concitoyens de Nazareth qui voulurent le tuer en le prA�cipitant da��un sommet escarpA�. Les sources chrA�tiennes font A�tat da��une singuliA?re opposition entre JA�sus et sa famille a�� du moins selon un passage diversement traduit du grec et que la��IslA?m considA?re comme apocryphe a�� aux yeux de laquelle il na��aurait A�tA� qua��un rA?veur exaltA� qua��il fallait arrA?ter.

Au fur et A� mesure que son apostolat se dA�ployait et que ses disciples augmentaient, ses ennemis se multipliaient. Antipas est dA�noncA� comme un ennemi dA�clarA�, en plusieurs passages de la��Evangile. La mA?me hostilitA� se manifeste contre lui, contre son enseignement et contre ses disciples, A� divers moments et en diverses bourgades voisines du lac de TibA�riade, notamment A� Chorezin, A� BethsaA?de, A� Capharnaum. Mais la��obstacle le plus dur auquel se heurta JA�sus fut la��opposition des Pharisiens, ca��est-A�-dire la��orthodoxie judaA?que la plus intraitable.

Les historiens et les thA�ologiens na��ont pas trouvA� de mots assez expressifs pour qualifier les Pharisiens. Pour eux, ca��A�taient des hypocrites, des scA�lA�rats, une bande de criminels bouffis da��orgueil, jaloux de leurs prA�rogatives, soucieux de leurs intA�rA?ts, de faux dA�vA?ts qui donnaient A� la��ostentation le pas sur la sincA�ritA� discrA?te dans la pratique du culte, etca��

La rA�alitA� est peut-A?tre diffA�rente. Une telle diffamation est certainement gratuite. Ils A�taient les gardiens de la loi et ils ne pouvaient agir qua��en gardiens vigilants, scrupuleux et fidA?les de la doctrine de MoA?se. Historiquement, leur apparition dans le monde religieux juif date de la captivitA� de Babylone. Ils na��A�taient ni hypocrites, ni affairistes, mais partisans de la tradition orale. Ils reprochaient aux SadducA�ens, leurs rivaux da��innover, de nA�gliger les pratiques transmises oralement depuis la��A�poque des grands ProphA?tes. Ils entendaient, selon leur expression, constituer A�A� une haie autour de la loi A�A�. Ils sont A� la��origine de la composition du Talmud a�� ce qua��il ne faudrait tout de mA?me pas oublier a�� et leur intransigeance sur la��observance de la tradition, leur a valu parfois des dA�boires. A la��A�poque da��Alexandre JannA�e, lorsqua��un conflit A�clata entre eux et le grand prA?tre Hyrcan devenu sadducA�en (135 av. J-C), ils eurent A� subir les pires persA�cutions. Jamais ils na��ont par ailleurs, acceptA� de prA?ter serment de fidA�litA� aux souverains romains. Ils restaient trA?s prA?s du peuple au milieu duquel ils passaient leur vie, alors que la��aristocratie religieuse officielle A�tait pro-romaine et servait volontiers les intA�rA?ts de la��occupant.

JA�sus, en sa��en prenant A� leur A�A� formalisme A�A� sa��attaquait A� une vieille forteresse, gardienne respectable du dogme et des rites ancestraux. Leur attitude est en elle-mA?me louable. La��esprit moderne est friand de slogans et des formules creuses ; on lui prA�sente les Pharisiens comme des A�A� exploiteurs du peuple, des conservateurs ennemis du progrA?sA�A�. On oublie de dire que les SadducA�ens A�taient les reprA�sentants da��une A�lite bourgeoise et des progressistes au sentiment religieux assez lA?che. En fait les Pharisiens A�taient des traditionalistes qui na��A�taient nullement hostiles au progrA?s puisqua��ils admettaient la��interprA�tation continue de la loi et ne refusaient pas A� la��occasion, de discuter les thA�ories zoroastriennes et celle de la mA�tempsychose. On peut dire sans exagA�rer que ca��est grA?ce A� eux que le JudaA?sme sa��est maintenu dans sa vA�ritable doctrine et ses rites. Le terme pharisien lui-mA?me est A�difiant A� cet A�gard. Participe actif de premiA?re forme du syriaque Pharish (devenu en grec pharisios et en latin pharisaeus) il signifie distinguA�. Ils se distinguaient, en effet, par leurs vA?tements et leur rigorisme. Et ca��est A� ce rigorisme doctrinal, qui na��avait rien da��hypocrite, que sa��est heurtA� JA�sus. Leur hostilitA� A�tait, au demeurant, tout A� fait partagA�e par le rabbinat officiel.

Notre siA?cle est A�galement A�pris de paradoxes. On a voulu procA�der A� une rA�vision du procA?s de JA�susa�� da��aprA?s le droit franA�ais, en oubliant que JA�sus A�tait passible des dispositions de la loi de son pays et de sa communautA� et donc de la loi juive ! Ces fantaisistes devraient, sa��ils sont de bonne foi, se poser cette question : quel arA�opage responsable de la��existence et du devenir da��une religion aurait relaxA� JA�sus qui, par son enseignement doctrinal, A�tait dA�cidA� A� saper les principes de base (alliance) de cette religion et A� supprimer son culte ?

Et pour revenir au conflit opposant JA�sus aux Pharisiens disons qua��ils A�taient devenus exagA�rA�ment rigoristes sur les lois et les rites, sectaires dans leur fidA�litA� A� la lettre et non A� la��esprit de la Thora , ultra-formalistes et finalement plus attachA�s aux pratiques extA�rieures qua��au fond de la��enseignement reA�u. Ca��A�taient eux qui sur le plan de la��opinion publique donnaient le ton, laquelle opinion ne les mA�nageait pas, en leur dA�cernant des sobriquets pA�joratifs pour caricaturer leur dA�votion publicitaire et le ridicule de leur comportement : nikfi (traA�ne-savates), hizaA? (front sanglant), mA�dulia (manche de pilon), shikmi (dos voA�tA�), etca��

La��antipathie rA�ciproque qui sA�pare les Parisiens et JA�sus, du moins au dA�but, doit donc A?tre recherchA�e avant tout dans une diffA�rence de conception de la vie religieuse : pour JA�sus, la religion A�tait un A�ternel amour, une soumission A� Dieu par le cA�ur. Pour les Pharisiens, la religion consistait en une observance scrupuleuse de la loi mosaA?que, ce qui na��interdisait nullement de la��approfondir dans son cadre. Autant dire une antipathie opposant un prA�dicateur qui donne la primautA� A� la��esprit sur la lettre, au fond sur la forme da��une doctrine monothA�iste, A� des docteurs trop attachA�s aux dA�tails rituels et A� la connaissance intellectuelle de la mA?me doctrine. La��unicitA� de Dieu ne semble pas avoir A�tA� mise en cause. Pour MoA?se, comme plus tard pour Muhammad, Dieu seul est Dieu ; il na��y a pas da��autre divinitA� que Lui ; Il est unique. Or, JA�sus na��enseigne rien de plus sur ce plan particulier. Dans sa controverse avec les SaddukA�ens, il proclame hautement comme base de tous les commandements : A�A� que le Seigneur, notre Seigneur est la��unique Seigneur A�A�, et il ajoute : A�A� Tu la��aimeras de tout ton coeura�� il na��y a point da��autre Dieu que Luia�� aimer son prochain comme soi-mA?me, ca��est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices A�A�. La��affirmation de la��identitA� du message communiquA� A� tous les ProphA?tes de Dieu notamment NoA�, Abraham, MoA?se, JA�sus, Muhammad est, comme nous la��avons plusieurs fois rA�pA�tA�, ainsi affirmA� avec une nettetA� qui exclut toute divergence entre la��enseignement des ProphA?tes, et surtout la conception de la dA�itA� du Christ.

On pourrait sa��A�tonner de ce qua��il y a de contradictoire dans les imprA�cations attribuA�es A� JA�sus qui avait une prA�dilection particuliA?re pour la douceur, recommandait le pardon et croyait A� la��efficience de la rA�sistance passive. Ces imprA�cations qui dA�butent par A�A� Malheur A�a��A�A� sont dans les Evangiles. Elles ne sont en elles-mA?mes que des avertissements qua��on retrouve da��ailleurs dans le Coran. Leur signification rA�elle est : A�A� Attention, Prenez garde ! ou encore A�A� MA�fiez-vous ! A�A�.

En conclusion, JA�sus pour la��IslA?m, est un pilier de la prophA�tie. Il sa��acquitta de sa mission suivant la volontA� de Dieu dans la fidA�litA�, la souffrance et la��amour. Avant da��A?tre rappelA� A� Lui il annonA�a A� ses disciples la venue du Messager de la��IslA?m qui devait renouveler pour la��humanitA� entiA?re, la��A�ternel message de Dieu et clore la prophA�tie, Muhammad (Dieu rA�pande Ses bA�nA�dictions sur lui) :

A� Maintenant je retourne A� Dieu qui ma��a envoyA� et aucun de vous ne me demande : oA? vas-tu ? Mais parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli vos cA�urs. Cependant, je vous dis la vA�ritA�. Il vous est avantageux que je m en aille, car si je ne ma��en vais pas, le Paraclet ne viendra pas. Quand il viendra il confondra le monde en matiA?re de pA�chA�s, de justice et de jugement. Il vous conduira vers la vA�ritA� tout entiA?re, car il ne parlera pas de lui, il dira tout ce qua��il aura entendu. Il vous annoncera des choses A� venir.

Pour JA�sus, fils de Marie, la prophA�tie na��A�tait pas clA?turA�e quoi qua��en disent les ChrA�tiens.