MOA?SE

Moise (Musa)

Dans la��ordre de la prophA�tologie, la personne de MoA?se soulA?ve un ensemble complexe da��A�nigmes qui na��ont pas toujours reA�u une explication historique sA�rieuse. Et ca��est non seulement la��authenticitA� du message transmis par la��Interlocuteur de Dieu qui suscite des discussions, mais encore et surtout son existence mA?me.

MoA?se est pour tous les monothA�istes de la famille spirituelle da��Abraham (Juifs, ChrA�tiens, Musulmans) un appui si solide de la rA�vA�lation divine que si la��on faisait abstraction de son existence, tout la��A�difice des religions messianiques sa��A�croulerait irrA�mA�diablement. Or, dans la��A�tat actuel de nos connaissances, il est plus facile de croire A� la naissance miraculeuse de JA�sus-Christ qua��en la��histoire de MoA?se. Ou la��on croit en Dieu, tel qua��Il sa��est rA�vA�lA� A� la��homme dans la Thora , la��Evangile et le Coran et la��on est tenu de croire A� la��existence et A� la��apostolat de MoA?se, ou la��on doute de la��existence de MoA?se et ca��est tout le monothA�isme judA�o-christiano-islamique qui devient une mythologie mal construite. Ca��est que, comme existence prodigieuse et surchargA�e da��invraisemblances, ca��en est vraiment une.

Si du cA?tA� musulman et a fortiori du cA?tA� juif, aucune autoritA� religieuse na��a mis en cause la��existence du grand ProphA?te, du cA?tA� chrA�tien il na��en a pas toujours A�tA� ainsi. La��ancien A�vA?que da��Avranches, la��A�rudit Huet (m. en 1721) a purement et simplement rejetA� la��authenticitA� de la rA�vA�lation biblique relative A� MoA?se, niA� son existence historique et ramenA� ce que la Tradition rapporte A� son sujet, au mythe de Bacchus. Plus prA?s de nous, un autre A�rudit chrA�tien, le pasteur protestant H. Cazelles a A�crit avec une comprA�hensible perplexitA� : A�A� Il y a donc encore une part da��incertitude en toute vie de MoA?se que la��on voudrait A�crire A� la��heure actuelle A�A�.

Les sources historiques concernant un personnage de cette envergure sont quasi inexistantes. Elles sont rA�duites aux donnA�es bibliques ou aux vagues indications da��A�poque trA?s postA�rieures A� la Thora que la��on trouve dans les Evangiles, les Actes des ApA?tres, les EpA�tres pauliennes et le Coran.

A quelle A�poque se place la��apostolat de MoA?se ? On la��a situA� entre 1725 3 et 1220 av. JA�sus-Christ, sous le rA?gne da��un pharaon qui na��est pas identifiA� da��une maniA?re sA�re : AmA�nophis III ? AmA�nophis IV ? MA�nA�path ? De nos jours on na��est pas plus avancA�. Ca��est tout juste si on a ramenA� les deux dates A� 1415 et 1240 av. JA�sus-Christ. Ces limites chronologiques montrent A� elles seules toute la��obscuritA� qui entoure sa biographie. Il est dA�concertant, en effet, que son passage qui ne pouvait A?tre que fulgurant en raison mA?me des signes divins (miracles) qui se sont manifestA�s publiquement durant son apostolat et de la��importance historique qua��il a revA?tue, na��aient suscitA� aucun tA�moignage A�crit avant Flavius JosA?phe (nA� en 46 ap. J.-C.). Na��est-il pas A�tonnant que cinq siA?cles plus tA?t, le gA�nial voyageur grec HA�rodote, si curieux des choses de la��Egypte, du Proche et du Moyen-Orient na��en ait pas parlA�.

On peut mA?me remarquer que plus ces sources sont tardives, plus grande sa��avA?re sa mission et plus frA�quente apparaA�t la��assistance que Dieu lui prodigue. JA�rA�mie fait de lui un simple intercesseur auprA?s de Dieu. Les autres livres ne mentionnent MoA?se que par allusion ou par rapport A� la loi. Son nom lui-mA?me demeure aussi bien par son origine que par sa signification da��une dA�courageante obscuritA�, comme nous le verrons un peu plus loin, sa��il plaA�t A� Dieu.

Si au point de vue historique, on est rA�duit quant A� la date approximative de sa naissance, A� des probabilitA�s sujettes A� caution, du moins le milieu gA�ographique et le contexte social dans lesquels il a vu le jour ne sont pas tout A� fait inconnus.

Parmi les grandes citA�s de la��Egypte pharaonique, ca��est Tanis qui semble le plus en rapport avec la vie de MoA?se. TanA�s est le nom grec de cette ancienne ville royale de la Basse-Egypte , rA�sidence des vingt-et-uniA?me et trente-troisiA?me dynasties pharaoniques. Son nom A�gyptien est Tan devenu en hA�breu Zoan et SA?n en arabe. Il en est question dans la��Ancien Testament, selon lequel elle aurait A�tA� construite sept ans avant la plus vieille citA� de JudA�e, Hebron. IsaA?e lui accorde la mA?me importance que Memphis. EzA�chiel annonce la��invasion de la��Egypte par les armA�es de Nabuchodonosor et la��incendie de Tanis. Pendant cinq siA?cles elle servit de capitale aux Hyksos et ca��est durant le rA?gne de ces nomades que se place la��arrivA�e de Joseph en Egypte (milieu du XVIIIe s. av. J.-C. ?) qui doit A� la��un de leurs souverains, Apapi II, son A�lA�vation au rang de premier ministre et la��autorisation de faire venir les siens en terre de Gessen. Elle eut encore plus da��A�clat, sous les souverains de la XIXe dynastie (vers 1400 ?), dans le cadre gA�nA�ral de la��essor que la��Egypte connut sous des pharaons prestigieux comme Seti 1er, RamsA?s II a�� le persA�cuteur des juifs- , et Meneptah, son successeur. Ca��est sans doute A� celui-ci que se rapporte le rA�cit de la��Exode (Shemot).

Un papyrus de la mA?me A�poque rA�vA?le les beautA�s de cette citA� et la douceur da��y vivre ; tA�moignage confirmA� par le voyageur grec Strabon (m. 24 ap. J-C). Il y avait, comme en beaucoup de villes et villages A�gyptiens, une forte implantation juive. Une inscription sous un personnage hirsute du grand temple de Karnak dA�couverte par Champollion Jeune a A�tA� ainsi transcrite par ce savant A�A� Yahuta melekA�A� (roi des Juifs). Il sa��agirait sans doute du roi Roboam, devant son vainqueur le pharaon Shashank ou Sesac, premier monarque de la XXIIe dynastie.

Une autre inscription dA�couverte dans le mA?me temple par William Groff, donne une longue liste de prisonniers parmi lesquels on peut noter deux Juifs, Jacob El, Joseph El, pris A�videmment au cours da��une bataille. Ces faits auxquels sa��ajoutent da��autres tA�moignages prouvent que les relations entre les Juifs et les Egyptiens A�taient chroniquement mauvaises et leur inimitiA� profonde. Si la��Egypte doit une impulsion non nA�gligeable de ses activitA�s artisanales et commerciales A� la prA�sence des Juifs, sa paix intA�rieure et extA�rieure A�tait par contre menacA�e par eux.

le thA?me de la mise A� mort des nouveau-nA�s juifs est frA�quent dans les annales de la��antique IsraA�l, pour qua��il soit retenu comme un fait historique indubitable. Il sa��est dA�jA� produit avec Nemrod avant Meneptah.

Toute la��histoire antique da��IsraA�l est A� refaire pour extraire la A�A� substantifique moelleA�A� de la trame des lA�gendes, des mythes, des accusations infondA�es et des slogans religieux. De nombreux faits notA�s par des historiens montrent bien que les persA�cutions entreprises contre les Juifs en Egypte avant et aprA?s MoA?se A�taient des rA�actions populaires, avalisA�es par le pouvoir, contre les abus da��une minoritA� opulente, turbulente, rA�solue A� dominer toute communautA� au milieu de laquelle elle vit, irrespectueuse de ses traditions religieuses autant que de ses normes juridiques. Il serait absurde de croire que les persA�cutions dont les Juifs furent la��objet en MA�sopotamie, en Syrie et en Egypte A�taient motivA�es uniquement par la��interprA�tation da��un mauvais rA?ve.

En 162 av. J-C, sous ClA�opA?tre et PtolA�mA�e, le fils da��un grand pontife juif, Onias, obtint la��autorisation da��A�riger un temple sur le modA?le de celui de JA�rusalem, mais moins grand, A� Onia, citA� habitA�e presque exclusivement par les IsraA�lites et surnommA�e de ce fait A�A� vicus judaeorumA�A� (le village des Juifs). Elle A�tait rA�putA�e pour le dA�sordre qui y rA�gnait et la��insolence de ses habitants. Deux siA?cles plus tard les mA?mes faits sont signalA�s A�galement comme un mal social chronique en da��autres citA�s A�gyptiennes. Ca��est ainsi qua��en 343 ap. J-C le prA�fet Lupas da��Alexandrie se plaignait non sans amertume A� la��empereur Vespasien contre les Juifs da��Onia, qui se moquaient de son autoritA� et provoquaient des troubles dans son district. Il lui demanda en mA?me temps la��autorisation de sA�vir contre leur insolence et leur insubordination. Cette demande prA�alable A�tait une prA�caution que prenaient en gA�nA�ral les prA�fets se trouvant dans la mA?me situation, A� la fois pour A�viter de sa��exposer A� des blA?mes consA�cutifs A� toute sA�dition A�ventuelle et aussi pour prA�venir les interventions des gros bourgeois juifs de Rome ou des dA�lA�gations que les Juifs envoyaient habituellement A� la capitale surchargA�es de magnifiques cadeaux et da��argent chaque fois qua��ils A�taient en difficultA� avec le pouvoir local. IrritA�, Vespasien ordonna la destruction du temple da��Onia.

Da��oA? la question : les persA�cutions subies par les Juifs en Egypte sa��expliquent-elles par des mobiles uniquement raciaux et religieux, comme la Bible la��affirme ? La��Exode a-t-il eu pour cause essentielle la��interprA�tation da��un songe prA�sageant la destruction da��un empire colossal, par un enfant juifa�� qui na��A�tait pas encore nA� ?!?

Les pharaons, si la��on en juge par leur civilisation et leur littA�rature, na��A�taient ni dA�ments, ni incultes pour ordonner des mesures discriminatoires aussi insensA�es. Le rA�cit de la Bible relatif A� la��Exode paraA�t plutA?t une suite de niaiseries fabriquA�es par des fabulistes ignorants ou sans scrupules, pleins de ressentiments et qui avaient pour le merveilleux et les miracles une morbide prA�dilection.

Les historiens et les thA�ologiens qui se sont penchA�s sur le problA?me de MoA?se, supposent que ca��est A� Tanis qua��il serait nA�, A� une date indA�terminA�e. Sur cette hypothA?se, tous les chercheurs sont A� peu prA?s da��accord. Ca��est A� Tanis qua��il serait nA�, qua��il aurait passA� sa prime jeunesse et ca��est dans les champs qui sa��A�tendent A� la��extA�rieur de cette ancienne capitale que ses prodiges se seraient produits.

Mais avant que ne soit abordA� le fond da��un problA?me aussi A�pineux et aussi dA�licat A� traiter pour un Musulman convaincu, ca��est-A�-dire croyant sincA?re, mais A�pris avant tout de vA�ritA�, une autre difficultA� doit A?tre aplanie ou dA�clarA�e impossible A� aplanir le nom de la��illustre ProphA?te.

Da��oA? vient-il et quel est le sens de MoA?se. La question de la��attribution des noms, des prA�noms et des sobriquets chez les SA�mites a A�tA� fort bien A�tudiA�e et rA�solue par les savants des trois derniers siA?cles et il na��y a pas lieu da��y revenir. Mais A� notre connaissance, cet appellatif comme prA�nom, patronyme ou surnom est inconnu avant lui chez les HA�breux. On nous dit que MoA?se (en hA�breu Musheh) dA�rive da��une vieille racine sA�mitique a��asa, a��asha qui au participe passif donne mA�shA?, mA�sA? qui existe en arabe, en effet, avec le sens complexe de consolA�, modA?le, guA�ri.

On nous dit aussi qua��il sa��agit da��un nom composA� copte dans lequel A�A� mo A�A� signifie eau et A�A� yas A�A�, A�A� yA?s A�A� prA�servA�. Cette explication A�A� le sauvA� des eaux A�A� qui remonte A� F. JosA?phe ne paraA�t guA?re plus plausible que la premiA?re. De tels rapprochements phonA�tiques ou sA�mantiques A�A� tirA�s par les cheveux A�A� semblent cacher une rA�alitA� plus complexe. Qua��on rapproche ce terme da��une racine hA�braA?que comme nom ou surnom, et la��on se rend vite compte, pour peu qua��on soit de bonne foi, de tout ce qua��il y a da��artificiel dans un tel tA?tonnement et da��inconsistant dans les rA�sultats auxquels on parvient, A� moins qua��on ne veuille A� tout prix donner A� ce nom une origine sA�mitique ou, ce qui serait plus grave scientifiquement parlant, que la��on se contente des A�A� A� peu prA?s A�A�. Je pense, au contraire, et avec beaucoup da��autres que la��A�tymologie et le sens de MA�shA�, MA�shA? sont A� chercher ailleurs, dans la langue mA?me que MoA?se parlait et que parlait le peuple au milieu duquel il naquit et vA�cut, le peuple A�gyptien, A� la��A�poque pharaonique.

La��A�gyptologie pourrait nous mettre sur une voie moins hasardeuse. A cet A�gard, une complA?te rA�vision de nos connaissances encore trA?s insuffisantes des religions pratiquA�es dans la��antique pays du Nil, un examen plus approfondi des sculptures et des peintures encore fraA�ches que nous offrent les vestiges de Louxor, notamment les nA�cropoles de la VallA�e des Rois, dont une soixantaine seulement a A�tA� mise au jour, surtout la nA�cropole de RamsA?s VI, nous conduiraient A� des constatations plus sA�rieuses que les mythes et les comiques camouflages.

En effet, si la��on mA�dite sur le plan de la sA�mantique comme sur le plan du symbolisme, une autre source, celle des lA�gendes pharaoniques, on ne peut manquer da��A?tre troublA� par certaines similitudes. Parmi ces lA�gendes, il en est une qui mA�rite da��A?tre examinA�e de plus prA?s : la lA�gende du bA?ton enchantA� de Tuhtu-mA�sa. Le composant final de Tuhtu-mA�sA? signifie quel qua��en soit le cas et la forme (Mosis, Musa, Mosheh, MA�tta, etc.) serviteur, adorateur et ca��est la��une ou la��autre de ces deux acceptions qui mA�ritent, A� notre humble avis, da��A?tre retenue.

Par ailleurs, le bA?ton enchantA� est un thA?me frA�quent dans les anciens cultes. Il symbolise pour les pharaons la suprA?me grandeur et la puissance mystique du roi A�levA� au rang da��un reprA�sentant des dieux, sinon dieu lui-mA?me. Les pharaons sont reprA�sentA�s dans les temples et dans les nA�cropoles munis gA�nA�ralement de ce symbole, une canne assez longue avec une dA�coration adA�quate. Dans la nA�cropole de RamsA?s VI, une fresque fort bien conservA�e reprA�sente le dieu Osiris tenant une crosse peinte en jaune et en bleu. Elle reprA�sente aussi, avec da��autres fresques, la��immortalitA� de la��A?me, ]a rA�surrection, le jugement dernier, la balance des actes bons ou mauvais, la fournaise, la��A�den, des dA�mons, des animaux mythiques et notamment le porc qui selon les croyances locales da��alors terrifiait les A?mes perverses et les conduisait en enfer. Pour cette raison mA?me, comme cela nous a A�tA� dit sur place par des indigA?nes, la viande porcine A�tait prohibA�e A� cette A�poque et cette coutume est toujours observA�e, mA?me de nos jours chez beaucoup de Coptes (leurs descendants), comme elle la��est devenue chez les Juifs et les Musulmans par la suite. Ces croyances et ces rites ont existA� au moins mille ans avant Abraham et deux mille ans avant MoA?se. Comment justifier cette antA�rioritA� ? Avant le JudaA?sme y a-t-il eu un prA�-JudaA?sme ?

Si la��archA�ologie et le folklore nous rA�vA?lent le sens qui sa��attache A� la crosse (sawlajA?n) enchantA�e des pharaons il ne faut pas oublier que la Bible tait A�tat da��un bA?ton mystA�rieux de MoA?se, grA?ce auquel se produisaient des miracles terrifiants pour le pharaon et son conseil et qui rendait inopA�rante la science magique des prA?tres A�gyptiens.

Sur un autre plan, mais dans le mA?me ordre da��idA�es, il ne semble pas dA�raisonnable de penser A� des rapports mythiques entre la crosse pharaonique et celle dA�volue encore comme attribut de dignitA� aux A�vA?ques chrA�tiens, ni de remarquer la��A�trange ressemblance de la croix du Christianisme et la clef de la��au-delA� de la��ancienne religion A�gyptienne.

Comment expliquer tant de similitudes dans les symboles, aussi bien que dans la conception de la vie post-mortem, entre des religions pratiquA�es par des peuples qui ont toujours vA�cu dans la mA?me aire gA�ographique ?

Rien na��est plus contraire A� la thA�ologie bien comprise que la suffisance et les solutions hA?tives. Disons tout simplement et en dehors de toute hypothA?se que sans A?tre des identitA�s, de telles similitudes sont A� tout le moins singuliA?res. Les Juifs, on vient de le signaler, ont longtemps et un peu partout vA�cu en Egypte pharaonique. Il serait paradoxal qua��ils ne fussent pas influencA�s dans leurs croyances par la religion de leurs souverains. On sait que les ProphA?tes da��IsraA�l se sont toujours A�vertuA�s A� dA�noncer les coutumes, les mA�urs et les croyances paA?ennes.

La religion pharaonique na��est-elle pas visA�e par de telles dA�nonciations aussi bien que celles des CananA�ens, des AmalA�cites, etc. ?

De son cA?tA� le Coran fait frA�quemment allusion, pour les condamner, aux AsA?tA�r-l-a��AwwalA�n. On traduit habituellement cette expression (littA�ralement A�A� lA�gendes des premiers A�A�) par A�A� fables remontant aux Anciens A�A�. Les commentateurs nous en expliquent le sens, mais ne nous prA�cisent pas de quelles fables ni de quels anciens il sa��agit. Tout un travail reste A� entreprendre dans ce domaine particulier, puisque les lA�gendes, les contes, les proverbes et les apophtegmes na��ont pas de frontiA?res.

Le Coran ne vise-t-il pas des a��asA?tA�r drainA�es par les Juifs et faussant la doctrine qua��ils avaient reA�ue ?

Avant MoA?se, le JudaA?sme na��apparaA�t-il pas comme une spiritualisation plus ou moins adroite, une purification rituelle, une idA�alisation morale de la��ancienne religion A�gyptienne ? Na��apparaA�t-il pas A� bien des A�gards, comme une A�A� monothA�isation A�A� da��un ensemble confus ou du moins mal connu de croyances, de mythes, de rites et de coutumes dont les origines pharaoniques et antA�-pharaoniques demeurent une A�nigme ?

La condamnation da��un polythA�isme (qui na��A�tait pas toujours grossier notamment chez les Grecs) dont la stA�rilitA�, la��illusion, la��incohA�rence A�taient, certes, patentes da��une part, et da��autre part la proclamation da��une divinitA� unique et transcendante, furent prA�cisA�ment les deux composantes de la mission surnaturelle de MoA?se.

Dans ce double rA?le, il acquiert, au regard de la��IslA?m a�� et on y reviendra plus loin, sa��il plaA�t A� Dieu a�� des dimensions autrement plus grandes que celles que la Thora lui a assignA�es. Son rA?le de rA�formateur, de purificateur et de lA�gislateur apparaA�t plus important que celui da��un vengeur, da��un tueur vindicatif et impulsif dont la��enseignement se contredit parfois.

Selon le messager coranique, il est avant tout le porteur des A�A� suhA�f A�A� qui devaient servir de prA�figuration au Message de JA�sus et de Muhammad, de Testament A�crit, da��Ecriture rA�vA�lant ce qui est inaccessible A� la raison livrA�e A� elle-mA?me : Dieu dans Son unicitA�, Sa grandeur, Sa souveraine volontA� et Sa clA�mence envers Sa crA�ation, inconnaissable en Son essence, infini, incomparable, implorA� par tout ce qui existe.

MoA?se est le ProphA?te de trois religions (JudaA?sme, Christianisme, IslA?m). Que nous rapportent les Ecritures qui leur servent de base sur celui que toutes les trois tiennent pour la��Interlocuteur de Dieu. Selon la tradition orale et selon les donnA�es bibliques, MoA?se a rA�ellement existA� et sa��apparente A� la tribu des LA�vi, par son pA?re Amram et sa mA?re Jacobed, ou Jacobel selon Flav. JosA?phe. Il avait une soeur, Maryam (Marie) et un frA?re, HarA�n (Aaron) tous deux plus A?gA�s que lui. Il se rA�fugie en fuyant la��Egypte, A� Madyan, citA� bien connue, sur la��autre rive de la mer Rouge, oA? il est accueilli par un personnage sur le nom et le rA?le duquel la Thora est en pleine contradiction avec elle-mA?me. Sur le nom de JA�thro, il y a dA�saccord entre la��Ancien Testament et la��ExA�gA?se islamique. Ibn JarA�r t-Tabari signale dans son Commentaire que le patronyme syriaque de Shua��ayb, beau-pA?re de MoA?se selon le Coran est Yethron. Il A�tait, selon les ouvrages de prophA�tologie islamiques un lA�vite descendant au sixiA?me degrA� da��Abraham. Il jouissait da��une certaine notoriA�tA� (sacrificateur de Madyan ? chef de tribu ?) et exhortait ses concitoyens A� observer fidA?lement la��enseignement reA�u da��Abraham.

Shua��ayb (ou Yethro) donna en mariage la��une de ses filles (Reuele ? Sephora ?) A� MoA?se qua��il associa quelque temps A� ses affaires en faisant de lui un berger salariA�.

Si, sur sa naissance et sa vie privA�e, la Thora est assez laconique, voire diffuse, elle est en revanche fort prolixe sur ses miracles. On peut mA?me dire que tout le Pentateuque est centrA� sur ses prodiges et ses lois.

La version coranique concernant MoA?se, sans A?tre en opposition avec celle de la��Ancien Testament, en diffA?re cependant sur un point capital alors que la Thora fait de MoA?se la��homme da��un peuple, la��homme da��IsraA�l avec la��histoire duquel son apostolat se confond, la��IslA?m le restitue A� la��humanitA� entiA?re. En effet, le Coran et la Tradition font de lui non seulement le missionnaire da��un peuple, mais le messager da��une A�poque chargA� comme da��autres envoyA�s de Dieu da��A�clairer la��humanitA� et de la ramener A� Dieu.

Pour les Juifs et les ChrA�tiens, MoA?se est un protecteur da��IsraA�l, le vengeur de celui-ci et le mA�diateur entre le peuple juif et Dieu. Ca��est au fond, A� leur point de vue, un missionnaire envoyA� au seul peuple qui par une faveur exceptionnelle fA�t digne da��A?tre guidA�. Il est la��homme de A�A�la��alliance A�A�.

Pour la��IslA?m, MoA?se est un guide ulcA�rA� par le comportement des Juifs et un lA�gislateur. Il a reA�u une Ecriture. Le DA�calogue est un message de paix et da��amour universel, qui concerne toute la��humanitA�, y compris le peuple juif. La lA�gislation qua��il a instaurA�e abroge les anciennes superstitions et coutumes juives et les anciennes lA�gislations orientales. La��IslA?m lui restitue sa mission de prophA?te, nanti du privilA?ge de parler et da��entendre Dieu. Le Coran la��inclut dans la famille spirituelle de NoA�, Abraham, JA�sus, Muhammad et celui-ci, en parlant de lui disait A�A� mon frA?re MoA?se A�A�. Sa mission A�tait universelle : proclamer la��unicitA� de Dieu et mettre en garde les hommes, A� commencer par IsraA�l, contre le chA?timent de Dieu, alors que dans la Bible cette mission A�tait seulement da��obtenir du pharaon la��autorisation pour les Juifs de quitter la��Egypte. Le Coran (oA? MoA?se est citA� trente-six fois) affirme qua��il devait aussi prA?cher le pharaon, sa��efforcer de le ramener A� la doctrine unitaire de Dieu et donc A?tre auprA?s de lui un tA�moin monothA�iste da��une part, et da��autre part, faire sortir les Juifs de la��Egypte en conflit avec le pouvoir central et sans doute avec le peuple A�gyptien.

Cette diffA�rence de point de vue mise A� part, les principales A�tapes de la vie de MoA?se offrent dans les deux textes sacrA�s beaucoup da��analogies : sa naissance et sa jeunesse dans le faste da��une cour royale, mais paA?enne ; le meurtre da��un Egyptien et la fuite vers Madyam, milieu arabe de tradition vaguement abrahamique. Son sA�jour parmi ces nomades dans un cadre oA? sa pensA�e religieuse et sa sensibilitA� trouvA?rent des facteurs propices A� leur A�panouissement ; son retour en Egypte accompagnA� des siens, etc. Aucune discordance importante na��est A� relever A� propos de ces A�vA�nements, ni de ceux qui marquent les pA�ripA�ties de sa mission jusqua��A� sa mort au Mont NA�bo en Arabie du Nord. Il na��y a donc pas lieu de les retracer en dA�tail, ni de les comparer. Ce qui les diffA�rencie, ca��est moins la narration des faits que la signification qui sa��y attache, selon la��une et la��autre de ces deux versions aux divers A�pisodes de la progression spirituelle de la��illustre ProphA?te.

NA�anmoins il apparaA�t important de mettre en relief le point de vue de la��IslA?m A� cet A�gard, compte tenu de la��interprA�tation littA�rale, mA�taphorique ou symbolique donnA�e par les commentateurs, les auteurs de A�A� rA�cits des ProphA?tes A�A�, les philosophes dogmatistes et les soufis de la��IslA?m aux faits essentiels qui ont marquA� cette prodigieuse mission A�clairA�e par la volontA� divine et orientA�e graduellement vers un but prA�fixA� par Dieu. Il nous semble utile toutefois da��A�carter da��ores et dA�jA�, ce qua��il y a da��artificiel et da��abusif, dans le fait de centrer le sens mystique ( ?) des A�tapes de la��A�volution spirituelle de MoA?se sur al-HallA?j, comme se plaisent A� le faire croire certains amateurs impA�nitents des similitudes prA�monitoires et de la��anagogie puA�rile que sont certains auteurs contemporains qui ont fort mal digA�rA� leurs acquis en matiA?re islamique.

Ca��est en apercevant une lueur dans le froid et la nuit que MoA?se, en quA?te de nouvelles pour retrouver sa route et de feu pour se rA�chauffer avec les siens, abandonne ces derniers et marche dans la��obscuritA�, les yeux fixA�s dans sa direction. ArrivA� A� proximitA� de cette mystA�rieuse clartA�, il entend une voix, qui dans la Bible lui interdit de sa��approcher, alors que cette interdiction ne lui est pas signifiA�e dans le Coran. Le lieu oA? il parvient est particuliA?rement bA�ni ca��est la vallA�e sainte de TA�wA?. La voix mystA�rieuse se fait entendre et lui ordonne de se dA�chausser geste extA�rieur habituel de respect chez les SA�mites, mais profond quant A� sa signification : il symbolise le renoncement A� ce bas-monde assimilA� A� ce qua��il y a de plus bas dans ce que porte la��homme, de vulgaires sandales dont on se dA�barrasse aisA�ment.

Les deux points essentiels qui, dans la rencontre de MoA?se avec Dieu, ont fixA� tout particuliA?rement la��attention des thA�ologiens et des mystiques de la��IslA?m sont : la parole de Dieu et le refus de la vision. Dieu a vA�ritablement parlA� A� MoA?se directement et A� haute voix pour lui communiquer une rA�vA�lation et lui annoncer Sa dA�cision : A�A� Je suis, en vA�ritA�, Moi, Dieu. Nulle divinitA� en dehors de moi. Adore-moi. Prie pour te souvenir de Moi A�A� et da��ajouter : A�A� Je ta��ai choisi parmi les hommes pour exA�cuter une mission et transmettre Mes messages A�A�.

Cette mission, qui, selon le Coran, doit A?tre accomplie auprA?s de tous les hommes, A� commencer par le pharaon et principalement parmi les fils da��IsraA�l, est une invitation de tous les hommes A� adorer le mA?me et seul vrai Dieu et A� se conformer A� Ses lois.

MoA?se apparaA�t ainsi comme un messager chargA� de prA?cher les hommes et de leur transmettre les lois de Dieu qui se rA�vA?le A� lui non comme le A�A� Dieu de ses pA?res A�A�, mais comme son Seigneur.

Telle est la vocation qui lui est fixA�e par Dieu. MoA?se veut cependant dA�passer les limites de cette vocation et parvenir A� une connaissance plus directe et plus parfaite du Souverain-MaA�tre A�A� Seigneur permets que je Te voie A�A�. Mais la demande est imprudente, car nul ne peut soutenir la vision de Dieu, ni espA�rer acquA�rir, sans pA�ril, une connaissance inaccessible aux hommes, parce que dA�passant leur nature. Ca��est le sens du refus signifiA�, sous forme de parabole A� MoA?se, dans son propre intA�rA?t. Il comprit ainsi que la connaissance absolue et la vision directe de Dieu A�taient impossibles, que la��irradiation de Sa seule gloire anA�antirait les montagnes, A� plus forte raison les hommes plus faibles encore. MalgrA� sa haute mission, il doit sa��incliner devant cette loi immuable : nul ne peut voir Dieu, ni Le connaA�tre da��une maniA?re absolue.

Est-ce que JA�sus a parlA� A� Dieu ? Selon la thA�ologie islamique la rA�ponse est nA�gative. Entre Dieu et lui le Coran fait A�tat da��une interlocution directe ? indirecte ? Il semble que ce fut par la��entremise de la��ange Gabriel surnommA� la��Esprit Saint. Connaissait-il Dieu ? InterpellA� sur la dA�itA� qua��on lui attribuait, JA�sus rA�pondit par la nA�gative. Dieu et JA�sus A�taient-ils une seule personne ? Non, rA�pond le Coran. JA�sus na��A�tait ni plus, ni moins qua��Adam dans ses rapports avec Dieu. A-t-il vu Dieu ? Non, rA�pond le Coran, ce na��A�tait qua��un prophA?te.

Dans le sermon sur la montagne il est question cependant de vision bA�atifique : A�A� Bien heureux ceux qui ont le cA�ur pur parce qua��ils verront Dieu A�A�. Mais il ne dit pas qua��il a lui-mA?me vu Dieu car il ne sa��agit que da��une promesse.

Muhammad sera conduit par la��ange Gabriel jusqua��aux approches immA�diats, A�A� A� deux portA�es da��arc de la��essence impA�nA�trable de Dieu, jusqua��au lotus de la limite A�A�, A� A�A�la��horizon supA�rieurA�A�. Mais le respect de la transcendance et de la sublime immensitA� de Dieu la��incitent A� sa��abandonner en toute confiance A� Sa volontA� et A� Sa sagesse absolues. Il ne demande rien ; il se laisse guider. Sa vision de Dieu sera donc toute intA�rieure. A�A� Dieu rA�vA�la A� Son serviteur ce qua��Il rA�vA�la et le cA�ur ne ment pas [au sujet] de ce qua��il a vu A�

Le problA?me de la vision de Dieu est en lui-mA?me un problA?me trA?s complexe et, comme on sait, fort discutA� en thA�ologie musulmane. Si les thA�ologiens sunnites ne rejettent pas a priori ou admettent la vision de Dieu par rA�fA�rence A� la Tradition , si les soufis la tiennent pour un des points essentiels de leur systA?me, les mua��tazilites par contre, la rejettent catA�goriquement. La vue, selon eux, porte essentiellement sur la forme et les couleurs, donc sur des rA�alitA�s concrA?tes. Or, Dieu est, par dA�finition immatA�riel et A�chappe totalement A� la vue, qui est un sens : admettre la vision de Dieu, ca��est admettre qua��Il est accessible aux autres sens (odorat, toucher, ouA?e, etc.), ce qui serait une hA�rA�sie assimilant Dieu A� Sa crA�ation matA�rielle. Cependant certains mua��tazilites, comme a��Abu Huzayl, admettent la possibilitA� de cette vision par le cA�ur.

Il poursuivit, son voyage vers la capitale A�gyptienne, aprA?s cette exceptionnelle inter-locution oA?, selon la Thora , il put, accompagnA� de son frA?re et assistA� de Dieu, se rendre auprA?s du pharaon pour lui demander la��autorisation pour les Juifs de sortir de la��Egypte.

Ici commence dans la narration biblique la��histoire des dix plaies da��Egypte. Le pharaon fut rA�duit A� laisser les IsraA�lites A� quitter ses A�tats avec les vases da��or et da��argent, et les bijoux volA�s. On donne comme date la��annA�e 430 aprA?s Joseph qui les y avait A�tablis. Les IsraA�lites quittent, comme on vient de le dire la terre de Gessen et le Talmud A�numA?re les miracles et les A�tapes de leur exode vers la Mer Rouge : Socoth ( ?) Etham ( ?) Phihahiroth ( ?). Ca��est lA� qua��ils auraient aperA�u que le pharaon les poursuivait A� la tA?te de sa puissante armA�e. MoA?se A�tendit, ajoute le Talmud sa verge vers les eaux de la Mer Rouge qui se sA�parA?rent pour donner libre passage au peuple israA�lite. Les Egyptiens sa��A�tant imprudemment engagA�s sur le mA?me chemin, elles se rejoignirent sur eux et les engloutirent. Ce miracle dont nous avons dans ce qui prA�cA?de, dit ce que nous pensions, est A� la��origine du beau Cantique da��actions de grA?ces dont le Pentateuque fait A�tat.

A compter de cet invraisemblable A�vA�nement la��histoire de MoA?se se confond avec celle des hA�breux ; histoire jalonnA�e de miracles et de disgrA?ces : transformation da��eau saumA?tre en eau potable A� Mara ; jaillissement des eaux da��un rocher A� Raphidim ; Jethro ramA?ne A� MoA?se sa femme et ses deux fils et lui prodigue de sages conseils pour la��organisation en tribus du peuple israA�lite ; promulgation au son du tonnerre de la loi sur le Mont SinaA? ; loi qui fut gravA�e sur deux tablettes de pierre qua��on plaA�a dans un tabernacle et plus tard dans le Saint des Saints ; incident du Veau da��or fabriquA� avec la coopA�ration da��Aaron ; sA�jour A� titre punitif dans le dA�sert durant quarante ans ; manne et cailles sauvant les Juifs de la famine. Institution da��un grand prA?tre et da��un corps sacerdotal recrutA� dans la tribu de Levi. MalgrA� les murmures et les sA�ductions, la��exode marquA� par des victoires comme celle de Galaad, se poursuit sous la conduite de MoA?se A� qui Dieu ne permit pas de sa��emparer de la A�A� Terre Promise A�A�, mais seulement de la contempler du Mont Nebo, comme il a A�tA� dit plus haut, et ca��est lA� qua��il mourut A� la��A?ge de cent vingt ans.

On lui attribue la composition des cinq premiers livres composant la ThoraA�Pentateuque), avec les interpolations, les remaniements et les anachronismes dA�jA� signalA�s. Le pentateuque, na��est citA�, on le rA�pA?te ni dans les Psaumes, ni dans JA�rA�mie, ni dans IsaA?e, ni dans Salomon. On connaA�t les cruelles critiques dont il fut la��objet de la part de la��implacable Voltaire dans son A�A� Dictionnaire philosophique A�A� et du non moins acerbe Renan dans son A�A� Histoire da��IsraA�l A�A�.